LES AMBITIONS DES CANDIDATS À l' ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DANS LE SECTEUR DU NUMÉRIQUE

Le 10 et le 24 avril prochain auront lieu les deux tours des Présidentielles 2022 et face à la montée en puissance des enjeux du numérique, les candidats clament la nécessité de bâtir une « souveraineté numérique française ». Malgré leur animosité et leur critique d’Emmanuel Macron, tous les candidats défendent un objectif commun et des mesures semblables, l’occasion pour Customs Bridge de revenir sur des ambitions parfois irréalistes.

L’enjeu de la souveraineté numérique n’est pas nouveau : Depuis 2017 déjà, le président sortant s’efforce de renforcer cette indépendance via la sécurisation et la régulation des industries et infrastructures, et le soutien aux secteurs stratégiques à une échelle Européenne. Sa mesure phare demeure l’instauration de la « taxe GAFA » qui s’attaque à deux enjeux européens majeurs, celui de la fiscalité européenne et celui de l’hégémonie américaine, de plus en plus sino-américaine, dans le secteur du numérique. Face au problème de l’exportation massive des données européennes, de fait pour la plupart soumise à l’extraterritorialité du droit américain, l’instauration d’un label « cloud de confiance » visant à protéger les données du sous-continent, a également été mis en place.

Face à ses mesures, les adversaires du chef de l’Etat n’ont, une fois n’est pas coutume, pas lésiné sur les critiques. Chacun réclame une relocalisation majeure des serveurs sur le territoire français ou européen, bien que cela ne soit absolument pas un gage de conservation des données. Tous s’accordent également à dire que l’Etat doit être actif en investissant dans le secteur et en le régulant. Les mesures demeurent cependant vagues, établissant des quotas et le durcissement des conditions de rachat des start-ups, critères pourtant régulés par Bruxelles, tout en définissant rarement des domaines prioritaires.

Globalement, chacun dresse un plan logique et pertinent mais semble oublier que la France évolue dans un monde où l’extérieur n’est pas que menaces mais aussi partenaires. Aujourd’hui, même la politique intérieure d’un pays est régulée, influencée et décidée par l’extérieur, et les répercussions de certaines mesures avancées seraient dramatiques. Il suffit de voir la réponse à la « Taxe Gafa » promulguée par Donald Trump qui instaure une taxation de 2,4 milliards de produits français poussant le gouvernement à céder sur l’instauration d’un crédit d’impôts dans ces mêmes groupes s’ils venaient à trop payer. Au XXIème siècle, le numérique occupe une place prépondérante dans la politique extérieure des Etats et il est alarmant de constater que les candidats réduisent la question à un enjeu interne de souveraineté dans la logique démagogique et obsolète de puissance française par l’indépendance.