Mercosur : Comprendre un accord commercial aussi stratégique que controversé

Le Mercosur est une zone de libre-échange sud-américaine créée en 1991. Elle réunit aujourd’hui le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, et constitue un poids lourd économique, notamment dans le domaine agricole. Face à lui, l’Union européenne forme l’autre bloc de ce partenariat, soit près de 700 millions de consommateurs au total.

L’accord UE-Mercosur, négocié pendant plus de vingt ans, vise à rapprocher ces deux ensembles en supprimant l’essentiel des barrières douanières. Officiellement, il s’agit d’un accord d’association large, couvrant aussi bien le commerce que la coopération politique, les droits, l’éducation ou la lutte contre le terrorisme. Mais dans les faits, c’est bien le volet commercial qui cristallise toutes les tensions.

Concrètement, le Mercosur s’engagerait à supprimer ses droits de douane sur 91 % des produits européens, aujourd’hui taxés jusqu’à 35 % pour les véhicules, la machinerie ou les produits chimiques et pharmaceutiques. En retour, l’Union européenne ouvrirait son marché à 92 % des produits importés du Mercosur, essentiellement agricoles (viande bovine, volaille, sucre), mais aussi miniers, comme le lithium ou le cuivre. L’accord prévoit par exemple des quotas d’exportation annuels de 160 000 tonnes de viande bovine ou 180 000 tonnes de volaille à droits quasi nuls.

Ce déséquilibre sectoriel explique une large part des oppositions. Les industries européennes (automobile, chimie, pharmacie, grands groupes de l’énergie ou des infrastructures) figurent parmi les gagnants potentiels.

À l’inverse, l’agriculture européenne, et en particulier l’élevage bovin, se retrouve en concurrence directe avec des productions sud-américaines aux coûts bien inférieurs. Selon les données disponibles, produire de la viande bovine coûte en moyenne 40 % moins cher dans le Mercosur, et jusqu’à 60 % moins cher au Brésil.

Même des volumes d’importation limités suffiraient à tirer les prix vers le bas. La Commission européenne en est consciente et promet un fonds d’indemnisation d’un milliard d’euros par an, sans en préciser les modalités.

Au-delà des prix, l’accord soulève de fortes inquiétudes sanitaires et environnementales. L’utilisation de pesticides interdits en Europe, de soja OGM, d’hormones ou d’antibiotiques comme activateurs de croissance reste autorisée en Amérique du Sud.

Si Bruxelles affirme que les normes européennes resteront inchangées, la question de la traçabilité réelle demeure, comme l’a montré un audit de 2024 pointant l’incapacité du Brésil à garantir l’absence de certaines hormones dans la viande exportée.

À cela s’ajoute l’impact climatique : la production de viande et de soja est un moteur majeur de la déforestation, que l’accord risque d’accélérer.

Politiquement, l’accord a connu de nombreux rebondissements. Finalisé une première fois en 2019, il avait été gelé, notamment en raison du contexte brésilien. Le 6 décembre 2024, la Commission européenne a annoncé la conclusion politique des négociations, sans participation directe des États membres, la politique commerciale relevant de sa compétence exclusive.

Reste la question clé : son adoption. Pour éviter les blocages nationaux, la Commission mise sur une astuce procédurale, le splitting, qui sépare le volet commercial du reste de l’accord.

Ce mécanisme permettrait une ratification plus rapide, sans passer par les parlements nationaux, à condition d’obtenir une majorité qualifiée au Conseil européen et un vote du Parlement européen.

L’accord UE-Mercosur est donc loin d’être une formalité. Il incarne un choix politique majeur : celui d’un libre-échange assumé, au prix de tensions sociales, agricoles et environnementales que l’Europe devra, tôt ou tard, affronter.