UE–Inde : un accord commercial qui change la donne

Il aura fallu plus de vingt ans, des pauses, des blocages et des retours en arrière. Mais cette fois, c’est fait : l’Union européenne et l’Inde ont conclu un accord de libre-échange d’ampleur inédite. L’annonce, faite le 27 janvier, a été accueillie avec des mots forts. « Historique », « accord de tous les accords », « choix clair du partenariat ». Derrière l’enthousiasme, un constat s’impose : dans un monde de plus en plus conflictuel, l’Europe et l’Inde ont décidé de miser l’une sur l’autre.

L’enjeu est à la hauteur des chiffres. Ensemble, l’UE et l’Inde représentent près de 2 milliards de personnes, environ un quart du PIB mondial et un tiers du commerce international. Les échanges sont déjà solides : 120 milliards d’euros de marchandises et 60 milliards de services en 2024. Mais les deux parties veulent aller beaucoup plus loin.

Le cœur de l’accord est simple : faire tomber les barrières douanières, surtout du côté indien. Le marché indien est réputé pour être l’un des plus protégés au monde. Demain, les droits de douane sur les voitures européennes chuteraient de 110 % à 10 %, ceux sur les vins de 150 % à 20 %. Des produits du quotidien, comme les pâtes ou le chocolat, entreraient sans taxe. Pour les entreprises européennes, Bruxelles parle d’un gain potentiel de 4 milliards d’euros par an.

En échange, l’Europe ouvre davantage ses portes aux textiles et aux médicaments indiens, deux secteurs clés pour New Delhi. Le message est clair : chacun mise sur ses points forts. L’UE voit dans l’Inde un marché immense, jeune et en pleine croissance, promis à devenir l’une des premières puissances économiques mondiales. L’Inde, elle, cherche des investissements, des technologies et des partenariats industriels pour accélérer sa modernisation et créer des emplois à grande échelle.

Mais cet accord n’est pas qu’une affaire de commerce. Il s’inscrit dans un moment géopolitique tendu. Entre la guerre commerciale américaine, la rivalité avec la Chine et la fragilisation des chaînes d’approvisionnement, les deux partenaires cherchent des alliances plus stables. L’accord inclut d’ailleurs des volets sur la mobilité des travailleurs qualifiés, les échanges universitaires, ainsi qu’un partenariat en matière de sécurité et de défense.

En signant ce texte, l’UE et l’Inde font un pari assumé : celui de l’ouverture dans un monde qui se referme. Reste maintenant à transformer les promesses en résultats concrets, et à gérer les déséquilibres que ce type d’accord fait inévitablement naître.